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RIEN N'EST ECRIT

RIEN N’EST ECRIT !

 

 

 

Le désert à perte de vue, le soleil à la fois brûlant et aveuglant, les pas du dromadaire qui provoquent un engourdissement de la volonté, un début de perte de conscience…

Et soudain la douleur violente qui traverse l’épaule :

-Tu n’étais plus là !

C’est la voix du chef de tribu arabe qui s’adresse à l’Anglais et un coup de sa cravache qui l’a réveillé brutalement.

-Cà ne se reproduira plus !

Les yeux de l’Anglais s’habituent de nouveau à l’environnement, c'est-à-dire, les cinquante hommes de la caravane qui avancent de plus en plus difficilement vers Akaba, la ville détenue par les Turcs.

Nous sommes en mai 1917, la guerre fait rage. Il faut traverser le désert si l’on veut surprendre l’ennemi turc : Les canons d’Akaba sont dirigés vers la mer, le désert étant réputé impossible à traverser. Du moins, c’est ce qui se disait jusqu’à ce jour, car cet Anglais venu du Caire en a décidé autrement. Les Bédouins l’ont suivi sans savoir quelle cause il servait véritablement.

 

-Quand allons nous trouver le prochain puit ?

-Vers midi ! Dans cinq ou six heures !

-Alors çà ira ! Le plus dur est passé !

Soudain, sur le côté de la caravane, un dromadaire apparaît, selle vide.

-Gassim est tombé !

-Où peut il être ?

-Dieu seul le sait !

-Mais pourquoi ne t’arrêtes tu pas ? Demande l’Anglais au chef de tribu.

-Il sera mort avant midi !

-Il faut retourner en arrière !

-Quoi ? Pour mourir avec Gassim ? On ne peut pas retourner là bas !

-Moi je peux, dit l’Anglais en faisant demi tour.

-Tu vas te tuer ! L’heure de Gassim est arrivée ! C’était écrit ! Tu n’arriveras pas à Akaba l’Anglais !

 

Gassim marche dans le désert. Le soleil se lève sur une immensité blanche , et puis, c’est la fournaise ! Gassim titube ! Gassim est à genoux ! Gassim bascule sur le sable brûlant !

 

La caravane, elle, est arrivée auprès du puit. Les hommes et les bêtes s’abreuvent. Mais beaucoup de regards se tournent vers l’arrière, vers cet horizon fait de vapeurs mouvantes et torrides.

Les heures passent, lancinantes, épouvantables !

Et puis, ce petit point noir qui apparaît : L’Anglais ! L’Anglais !

L’Anglais, Thomas Edward Lawrence, rejoint la caravane, fou de soleil avec Gassim qu’il agrippe contre lui, vivant !

Il ne saisit pas les gourdes dégoulinantes d’eau qui lui sont tendues ; il attend d’être arrêté, d’être au milieu de tous.

Rien n’est écrit ! Dit il, puis il se met à boire.

Lawrence d’Arabie est en train de naître.

 

Ses aventures, il les racontera dans « Les sept piliers de la sagesse », livre dont il se fera voler le manuscrit en novembre 1919, à cause d’une valise oubliée dans un buffet de gare. Il va le réécrire de mémoire en un mois avant de le faire imprimer en huit exemplaires à Oxford.

 

 

C’est le 19 mai 1935 que Lawrence d’Arabie décède dans un accident de moto. Il a 47 ans.

Un témoin l’aurait vu passer par-dessus son engin en voulant doubler deux cyclistes qui roulaient dans le même sens que lui.

Certains pensent au suicide de Lawrence : Il adorait mettre sa vie en péril en roulant à tombeau ouvert sur sa moto. Et si l’attirance avait été trop forte ! La mort, là, toute proche ! L’occasion ! La chance à saisir ! Il s’ennuyait tellement dans la campagne anglaise après tant et tant d’aventures !

Il s’ennuyait, à en mourir ! A en mourir !

 

Il a peut être pris l’expression au mot ! Et çà, une fois de plus, çà n’était pas écrit !

 

Michel Bastide

Responsable communication