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NE T'ARRETE PAS

 

NE T’ARRETE PAS !

 

 

 

« Création d’une imprimerie clandestine !

Défense de l’abolition du servage !

Lecture de poèmes révolutionnaires !

Appels à l’édification d’une société démocratique !»

 

Voilà ce qu’on reproche au groupe Pétrachevski : Ses 34 membres

sont arrêtés le 22 avril 1849.

 

Nous sommes dans la Russie du tsar Nicolas 1. L’intelligentsia russe se croit investie d’une mission sacrée : Offrir à leurs concitoyens et pourquoi pas à l’humanité toute entière une vie nouvelle, un bonheur digne et respectueux d’autrui.

De telles aspirations sont jugées incendiaires à l’époque !

La commission d’enquête va conclure à la culpabilité de vingt et un prévenus.

Le 19 décembre, les accusés sont condamnés à être passés par les armes.

 

Le 22 décembre 1849 à sept heures du matin par moins 20 degrés,

 ils sont conduits dans plusieurs fourgons à la place d’armes Semenovski ou quelques 3000 curieux attendent l’exécution .

Le régiment est disposé en face de trois poteaux plantés dans la terre gelée.

Les prisonniers se voient pour la première fois depuis leur arrestation , ils s’embrassent. Parmi eux : Fiodor Mikhaîlovitch Dostoïevski.

On enlève aux condamnés leurs manteaux pour leur passer de grosses chemises qui leurs descendent jusqu’aux chevilles ; les manches longues permettent au bourreau de les attacher au poteau avant de leur couvrir le visage avec une cagoule.

Dostoïevski glisse à l’oreille de son voisin : « Nous serons avec le Christ ! »

« Nous serons poussière ! » répond celui-ci.

Un premier groupe de 3 est attaché aux poteaux ; Dostoievski fait partie du second groupe.

Roulement de tambours : Les soldats mettent en joue.

Soudain, un courrier à cheval traverse la place ; il remet une enveloppe au général Soumaroukov qui dirige l’exécution ; sur son ordre, les détenues sont détachés et réalignés avec les autres : le tsar avait ordonné un simulacre d’exécution.

Dostoïevski est en fait condamné à quatre années de travaux forcés.

 

Dans SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS, il racontera l’histoire de ces 4 ans passés en compagnie des forçats.

 

 

 

Lorsque Dostoïevski écrivit LE JOUEUR, ce fut avec la connaissance totale de la souffrance éprouvée par ceux qui sont sous l’emprise de la passion du jeu.

En juin 1867, DOSTOIEVSKI et sa femme alors enceinte, séjournent à Baden Baden. Dans cette ville se trouve un casino, il devait s’y rendre seul plusieurs fois.

Le 27 juin il met en gage sa bague. Le 7 juillet une broche et des boucles d’oreilles, cadeau de mariage pour son épouse. Le 9 son pardessus. Le 11 son manteau de fourrure. Le 25 les robes et le manteau de sa femme.

 

Ecoutons Anna son épouse :

« Je n’ai jamais fait un seul reproche à mon mari , mais j’ai souffert jusqu’au fond du cœur de le voir souffrir lui-même ; il rentrait à la maison, pâle, sans force, tenant à peine sur ses jambes ; il me demandait une certaine somme et revenait au bout d’une demi heure plus défaillant encore.

Anéanti et secoué par les sanglots, il s’agenouillait devant moi et me suppliait de lui pardonner les souffrances que sa passion me causait ».

Il n’y eut qu’un seul remède, la fuite ! Il leur fallut quitter Baden Baden au plus vite.

 

 

Janvier 1881 :

Dostoïevski,  alité après une violente hémorragie, dit qu’il mourra dans la journée. Il demande à sa femme d’ouvrir au hasard une page des évangiles et de lui lire la première ligne de la page de gauche ; elle le fait :

 « Jésus dit à Saint Jean BAPTISTE : « Ne t’arrête pas ! C’est ainsi qu’il nous faut accomplir l’entière vérité ! »

Tu vois dit Dostoïevski : «  Ne t’arrête pas ! » Ce qui veut dire que je dois aller à la mort !

Il décèdera le soir même après un dernier regard vers sa femme et ses enfants.

 

 

Michel Bastide

Responsable « communication »