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LE CHAT SAUVAGE D'OAKLAND

« Je suis né dans le ghetto, de parents inconnus.

J'étais le chat sauvage des gangs d'Oakland, tour à tour pilleur d'huîtres, alcoolique à quinze ans, sautant de train en train, crevant de faim, taulard à dix hit ans, chasseur de phoques et chercheur d'or, sans le sou.

 Si je meurs, ce sera en luttant jusqu’au dernier souffle et l’enfer pourra être fier de sa nouvelle recrue ! 

Lorsque je me suis fait renvoyé de l’école pour bagarre, l’homme avec lequel je partageais une caravane m’a entraîné puis laissé seul au cœur des pires endroits du coin : je sentais sur moi les yeux des clochards des putes et des noirs plein de hargne : J’ai cru ma dernière heure venue et j’ai compris que c’était là que je finirais si je loupais l’école.

Alors je me suis battu comme un forcené pour arracher mes diplômes à la force du poignet, et je suis devenu prof. Mais sur les bancs, j’ai retrouvé les mêmes bestiaux que j’avais voulu chasser de mon univers.

Du coup j’ai tout quitté et je suis parti pour New York. »

C’est une force incroyable, sauvage, aveugle qui va pousser Jack London dans les mers du sud d’où il reviendra malade à cause de la malaria et de la fièvre jaune.

Il y aura ensuite ce retour à la terre pour WOLF HOUSE la maison du loup, un ranch qu’il passa plusieurs années à construire et qu’il aura la douleur de voir partir en fumée juste avant de l’habiter ; il avait en plus négligé de l’assurer.

Et puis, il y aura tous ces livres , une cinquantaine qui en feront un des auteurs les plus lus de par le monde ; CROC BLANC, L’APPEL DE LA FORËT, MICHAEL CHIEN DE CIRQUE, FILS DU SOLEIL , CONTES DES MERS DU SUD et tant d’autres …

En ouvrier consciencieux, Jack London écrira chaque jour cinq mille mots, tapés et corrigés, où qu’il se trouve, quoiqu’il arrive !

Sur la fin de sa vie, santé détruite, Jack London ne pense plus qu’à se fuir : Il s’abrutit de drogue et d’alcool. Pourtant une nouvelle voie va s’ouvrir devant lui :

« Créateurs, nous ne sommes pas seulement emportés par cette puissance première du monde, cet appel de la force ; nous avons en nous une autre puissance qui est celle de l’imaginaire ! »

Il écrit alors LE VAGABOND DES ETOILES qui va sidérer ses lecteurs : le champion du matérialisme était devenu tout à coup le champion du spiritualisme ! Son espace de liberté n’était plus géographique, il était mental, intérieur !

Jack London est mort peu de temps après, en 1916 : Il avait 40 ans !

Il avait enfin réussi à s’échapper du terrible ghetto d’Oakland.

Michel Bastide

Responsable communication